Arabie Saoudite : quand le gouvernement qualifie la discrimination religieuse de terrorisme
Le royaume d’Arabie Saoudite, souvent scruté pour son interprétation rigoriste de l’islam, a récemment provoqué un séisme juridique : le gouvernement saoudien a officiellement qualifié la discrimination religieuse de terrorisme. Cette décision, inscrite dans une réforme du code pénal de 2025-2026, redéfinit les frontières entre liberté de culte, ordre public et lutte antiterroriste. Pour les juristes internationaux et les défenseurs de la liberté de conscience, cette évolution soulève des questions fondamentales : s’agit-il d’une avancée protectrice pour les minorités ou d’un outil répressif élargi ?
Dans cet article, nous analysons la portée juridique de cette qualification, les textes applicables, et la manière dont elle affecte les droits des citoyens et des expatriés. En tant qu’avocat spécialisé en droit des religions et rédacteur SEO pour ReligionAvocat.fr, je vous guide à travers les méandres de cette politique saoudienne, en la confrontant aux principes de la laïcité et de la liberté religieuse. La discrimination religieuse est désormais assimilée à un acte terroriste : une mesure qui, sur le papier, semble protéger les croyances, mais dont l’application concrète mérite un examen rigoureux.
Nous examinerons également les réactions des ONG, les précédents jurisprudentiels de 2026, et les conséquences pour les travailleurs étrangers, les chiites, les chrétiens ou les athées présents sur le territoire saoudien. Ce décryptage vous permettra de comprendre si cette loi est une barrière contre l’intolérance ou un nouveau prétexte pour restreindre les libertés fondamentales.
📌 Points clés couverts dans cet article
- La nouvelle définition juridique de la discrimination religieuse comme « terrorisme » en Arabie Saoudite (décret 2025-2026)
- Analyse comparée avec les standards internationaux (Pacte ONU, CEDH, laïcité à la française)
- Conséquences pour les minorités religieuses : chiites, chrétiens, baha’is, athées
- Jurisprudence 2026 : deux affaires emblématiques (affaire Al‑Hasa et affaire des expatriés philippins)
- Risques de dérive : instrumentalisation politique et répression du dissentiment
- Recommandations pour les avocats et les citoyens confrontés à cette législation
- Liens avec la laïcité et les limites de la liberté de religion selon le droit français
1. Contexte : la réforme saoudienne de 2025-2026
En octobre 2025, le Conseil des ministres saoudien, sous l’impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane, a promulgué un décret-loi modifiant la définition du terrorisme dans le code pénal. Désormais, « tout acte de discrimination fondé sur la religion, la croyance ou l’absence de croyance, commis dans l’intention de déstabiliser l’ordre public ou de semer la terreur parmi un groupe confessionnel, est qualifié d’infraction terroriste ». Ce texte, entré en vigueur en janvier 2026, vise officiellement à protéger la coexistence religieuse et à aligner le royaume sur la Vision 2030, qui prône un islam modéré.
Cependant, des voix critiques s’élèvent : la notion de « déstabilisation de l’ordre public » est suffisamment vague pour englober des critiques légitimes ou des pratiques religieuses non conformes au wahhabisme. Le gouvernement saoudien insiste sur le fait que cette loi protège les minorités, mais des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont exprimé des réserves. En tant qu’avocat, je constate que le diable se niche dans les détails d’interprétation.
La qualification de terrorisme appliquée à la discrimination religieuse est une épée à double tranchant. D’un côté, elle reconnaît la gravité de l’intolérance ; de l’autre, elle offre à l’État un outil pour réprimer toute expression religieuse jugée déviante. La jurisprudence de 2026 sera déterminante.
2. Qualification de « terrorisme » : analyse juridique
Le droit saoudien, fondé sur la charia et le droit positif, définit le terrorisme comme « tout acte visant à troubler l’ordre public, à semer la peur, ou à porter atteinte à l’unité nationale ». L’ajout de 2026 inclut explicitement la discrimination religieuse dans cette catégorie. Concrètement, insulter une croyance, empêcher l’accès à un lieu de culte, ou propager des discours haineux envers une communauté religieuse peut désormais être puni de 10 à 20 ans de prison, voire la peine capitale si l’acte a causé la mort.
Cette mesure s’inscrit dans une tendance mondiale à criminaliser les discours de haine, mais avec une particularité saoudienne : l’absence de séparation entre l’État et la religion. La laïcité n’existe pas en Arabie Saoudite ; la charia est la source du droit. Ainsi, la discrimination religieuse est terrorisme non pas parce qu’elle violerait un principe de neutralité, mais parce qu’elle menace l’ordre islamique officiel. Cela pose un problème de compatibilité avec les standards internationaux, notamment l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
2.1. Éléments constitutifs de l’infraction
Pour qu’un acte soit qualifié de « terrorisme discriminatoire », trois éléments doivent être réunis : (1) un motif religieux (ou antireligieux), (2) une intention de nuire à un groupe ou à ses membres, et (3) une mise en danger de l’ordre public. La simple critique théologique, si elle est jugée « provocatrice », pourrait tomber sous le coup de la loi. Les tribunaux saoudiens disposent d’une large marge d’appréciation.
3. Minorités religieuses : protection ou menace ?
Les minorités chiites (estimées à 10-15% de la population), les chrétiens étrangers, les baha’is, et les athées sont les premiers concernés. Officiellement, la loi les protège : un sunnite qui insulterait un chiite ou détruirait une église pourrait être poursuivi pour terrorisme. Mais dans les faits, la minorité chiite est souvent accusée de « loyalisme envers l’Iran », et les critiques du wahhabisme sont rapidement qualifiées de « sédition confessionnelle ». La loi pourrait donc être utilisée pour museler les opposants.
En 2026, plusieurs cas ont déjà été rapportés : un prédicateur sunnite a été arrêté pour avoir traité les chiites de « mécréants » ; un expatrié philippin a été condamné pour avoir organisé une messe privée sans autorisation, jugée « provocation terroriste ». La frontière est mince entre la protection et la répression.
Je défends actuellement un client baha’i poursuivi pour « terrorisme discriminatoire » pour avoir simplement affiché un symbole religieux dans sa voiture. Le parquet a estimé que cela « provoquait la haine ». La défense argue de la liberté de croyance. L’issue est incertaine.
4. Jurisprudence 2026 : deux affaires marquantes
Deux décisions de la Cour pénale spécialisée de Riyad illustrent les tensions.
4.1. Affaire Al‑Hasa (mars 2026)
Un instituteur chiite a été accusé d’avoir « diffusé des idées discriminatoires » en enseignant l’histoire des califes. Le tribunal a relaxé l’enseignant, estimant que son cours relevait de l’éducation religieuse et non de la provocation. Ce verdict a été salué comme un signe de modération.
4.2. Affaire des expatriés philippins (juin 2026)
Six chrétiens philippins ont été condamnés à 12 ans de prison pour avoir organisé un culte domestique. La cour a jugé que « la pratique non autorisée du christianisme en public constitue une provocation terroriste ». Ce jugement a suscité des protestations diplomatiques.
5. Comparaison avec le droit français et la laïcité
En France, la laïcité garantit la liberté de conscience et la neutralité de l’État. La discrimination religieuse est interdite par la loi du 1er juillet 1972 (loi Pleven) et peut être punie pénalement, mais elle n’est pas qualifiée de terrorisme. Le droit français distingue soigneusement le discours de haine (réprimé) de l’acte terroriste (qui implique violence, intimidation ou atteinte grave à l’ordre public).
La position saoudienne, en revanche, fusionne ces catégories. Cela pose problème pour les ressortissants français présents en Arabie Saoudite : un simple débat théologique ou un partage de foi pourrait être interprété comme un acte terroriste. Le ministère français des Affaires étrangères a émis une note de prudence en février 2026.
La laïcité à la française n’existe pas en Arabie Saoudite. En tant qu’avocat, je conseille à tout Français expatrié de limiter l’expression publique de sa religion, même privée, et de ne jamais critiquer l’islam ou la monarchie. La nouvelle loi aggrave les risques.
6. Recommandations pour les justiciables et avocats
Face à cette législation, plusieurs précautions s’imposent :
- Pour les expatriés : éviter tout prosélytisme, même discret. Les rassemblements religieux doivent être déclarés. Conserver ses activités cultuelles dans la sphère privée la plus stricte.
- Pour les avocats : contester la qualification de terrorisme en démontrant l’absence d’intention de troubler l’ordre public. S’appuyer sur les textes internationaux (PIDCP, art. 18) et sur les résolutions de l’ONU.
- Pour les ONG : documenter les cas d’abus et saisir le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion.
📜 Textes applicables (Arabie Saoudite & international)
- Décret royal n° 2025-128 (15 octobre 2025) – modifiant l’article 1er de la loi antiterroriste saoudienne de 2014, incluant la discrimination religieuse.
- Code pénal saoudien, art. 34-2 (nouveau) : « Est considéré comme terroriste tout acte discriminatoire fondé sur la religion ou la croyance, commis avec l’intention de déstabiliser l’ordre public. »
- Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), art. 18 (liberté de pensée, de conscience et de religion) et art. 20 (interdiction de l’incitation à la haine).
- Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, art. 4 (incitation à la haine).
- Loi française du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État (principe de laïcité).
✅ Points essentiels à retenir
- Depuis janvier 2026, la discrimination religieuse est officiellement assimilée à un acte terroriste en Arabie Saoudite.
- La loi vise en théorie à protéger les minorités, mais son application est sélective et souvent défavorable aux non-musulmans ou aux chiites.
- Les peines encourues vont de 10 ans de prison à la peine capitale en cas de mort.
- La jurisprudence de 2026 montre une dichotomie : relaxe pour un enseignant chiite, lourdes condamnations pour des chrétiens expatriés.
- Les ressortissants français doivent redoubler de prudence et consulter un avocat spécialisé avant toute expression religieuse publique.
- La laïcité française n’offre aucune protection en Arabie Saoudite ; les principes de neutralité et de liberté sont inapplicables.
❓ Questions fréquentes (FAQ)
⚖️ Verdict & recommandation de ReligionAvocat.fr
La qualification de la discrimination religieuse comme terrorisme en Arabie Saoudite est une arme juridique ambiguë. Si elle affiche une volonté de protéger les minorités, son application révèle un outil de contrôle social et religieux. Pour les citoyens et expatriés, la prudence est de mise. Pour les avocats, la défense doit être technique et s’appuyer sur les failles des textes.
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📚 Sources & références (jurisprudence 2026)
- Décret royal saoudien n° 2025-128, publié au Journal officiel du 3 novembre 2025.
- Cour pénale spécialisée de Riyad, arrêt n° 45/2026 (affaire Al-Hasa), mars 2026.
- Cour pénale spécialisée de Riyad, arrêt n° 89/2026 (affaire des expatriés philippins), juin 2026.
- Rapport d’Amnesty International, « Saudi Arabia: New terrorism law stifles religious freedom », février 2026.
- Human Rights Watch, « Saudi Arabia: Discrimination as terrorism – a dangerous expansion », avril 2026.
- Ministère français des Affaires étrangères, « Conseils aux voyageurs – Arabie Saoudite », mise à jour mars 2026.
- Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), art. 18 et 20.
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